L'histoire du matcha : de la Chine des Song au latte
Né en Chine, oublié là-bas, devenu japonais avec les moines zen : l'histoire du matcha en cinq étapes, jusqu'au latte.
On le croit japonais depuis toujours. Le matcha est pourtant né en Chine, où il a disparu depuis des siècles. Le Japon l'a adopté avec les moines bouddhistes, l'a codifié dans la cérémonie du thé, puis l'a perfectionné jusqu'à la poudre vert vif qu'on fouette aujourd'hui dans les cafés du monde entier.
1. En Chine, le thé en poudre (VIIIe-XIIIe siècle)
Sous la dynastie Tang, le thé voyage en briques : les feuilles sont étuvées, pressées et séchées pour se conserver et se transporter. Pour le boire, on en détache un morceau, on le grille et on le réduit en poudre. Le premier traité consacré au thé, le Classique du thé de Lu Yu, date de cette époque, vers 760.
Sous les Song (960-1279), la poudre devient l'art du thé : on la fouette dans un bol avec de l'eau chaude jusqu'à former une mousse, et l'on organise même des concours où l'on juge la blancheur et la tenue de l'écume. C'est l'ancêtre direct du matcha.
2. Le voyage vers le Japon (fin du XIIe siècle)
Le thé était connu au Japon depuis le IXe siècle, mais il restait rare. Tout change avec Eisai, moine qui rapporte de Chine en 1191 la méthode du thé fouetté, en même temps que le bouddhisme zen. Il écrit en 1211 le premier livre japonais sur le thé, consacré à ses vertus.
Les graines qu'il rapporte sont confiées au moine Myōe, qui les plante près de Kyoto, au temple de Kōzan-ji. De là, la culture gagne Uji, qui deviendra la région du matcha la plus réputée. Dans les monastères, le thé aide les moines à rester éveillés pendant la méditation.
3. La cérémonie du thé (XVe-XVIe siècle)
D'abord boisson des moines, puis des guerriers et de la cour, le matcha devient un art de vivre. Des maîtres de thé simplifient peu à peu le rituel, jusqu'à Sen no Rikyū (1522-1591), qui fixe l'esprit de la cérémonie, le chanoyu : sobriété, bols rustiques, petite pièce, gestes précis. Les écoles de thé qui se réclament de lui existent toujours.
C'est aussi à cette époque que les producteurs d'Uji se mettent à ombrager les théiers avant la récolte. Le thé devient plus vert, plus doux, plus riche en umami : le matcha tel qu'on le connaît est né.
4. Pendant ce temps, la Chine l'oublie
À la fin du XIVe siècle, la dynastie Ming abandonne le thé en briques au profit des feuilles infusées, plus simples à préparer. Le thé fouetté disparaît en Chine. Seul le Japon conserve la tradition du thé en poudre, ce qui explique qu'on l'associe aujourd'hui uniquement à lui.
5. Du bol au latte (XXe-XXIe siècle)
Au XXe siècle, le matcha sort de la cérémonie : on l'utilise dans les pâtisseries japonaises, les glaces, les biscuits. Dans les années 2000, il gagne les cafés occidentaux sous forme de latte. Puis les réseaux sociaux en font une boisson à la mode, au point que la demande dépasse aujourd'hui l'offre des producteurs japonais sur les meilleurs grades, et que certaines maisons de thé rationnent leurs ventes.
Ce succès a son revers : beaucoup de poudres vendues comme « matcha » sont des thés verts ordinaires broyés, loin du thé ombragé d'Uji. Pour faire la différence, voir matcha cérémoniel ou culinaire.
Goûter l'histoire : un matcha d'Uji
Pour boire le matcha tel que la cérémonie l'a fixé, pur et fouetté, il faut un grade cérémoniel. Celui-ci vient d'Uji, le berceau historique du matcha japonais :
D'autres choix dans la page meilleur matcha, et les bases dans notre guide qu'est-ce que le matcha.
Questions fréquentes
Le matcha est-il chinois ou japonais ?
Les deux. La technique du thé en poudre fouetté est née en Chine sous les Song, mais elle y a disparu. Le matcha tel qu'on le connaît, issu de théiers ombragés, est une invention japonaise.
Que veut dire « matcha » ?
En japonais, ma signifie frotter ou moudre, et cha le thé : le matcha est littéralement le « thé moulu ».
Pourquoi Uji est-elle si réputée ?
C'est l'une des premières régions où le thé a été cultivé au Japon, et c'est là qu'est née la culture ombragée. La proximité de Kyoto, capitale impériale, et des maîtres de thé a fait sa réputation.